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Jacek – J'AI DES AMIS SHLAGS

Jacek

C’était un matin de Novembre, je m’en souviens comme si c’était hier. Les arbres étaient nus, le ciel était gris, et le froid avait depuis longtemps chassé de nos souvenirs la moiteur de l’été. Au travers de la fenêtre du rez-de-chaussée, la vie avançait misérablement, les gens allaient et venaient, vivaient et erraient comme des automates. La neige était belle, mais les temps étaient durs, le quotidien devenait de jours en jours plus difficile et austère. Je ne sais plus si j’étais heureux, probablement pas, je n’avais pas le temps de m’y attarder, mais une chose est sûre, je n’aimai pas cette vie. Les seuls moments que j’appréciais et dont je me souviens se déroulaient principalement l’été, quand je rendais visite à ma vieille mère dans la maison familiale près de Vyborg, c’était une ancienne ferme très grande au bord de la mer, j’y ai passé ma jeunesse, les plus belles années de ma vie. Maintenant, tout n’est plus qu’un vague souvenir, ce n’est plus comme avant, mais j’y retourne quand même régulièrement, pour rendre au moins visite à ma mère, je lui doit bien ça, après ce qu’elle a fait pour nous. Depuis que mon père nous as quitté il y a cinq ans emporté par le cancer, elle se sent seule, ma petite soeur Katarzyna est partie faire ses études à Moscou et mon frère Fiodor, depuis son départ en Géorgie, n’est pas revenu au pays, et je le comprends, le train coûte cher et il est devenu de plus en plus difficile de faire de long trajets. Il nous envoit des lettres de temps en temps, d’après celles-ci il va bien, et je l’espère. Moi, j’habite à Saint-Petersbourg, vu que ce n’est pas très loin, j’en profite pour aller la voir dès que j’ai une journée de libre.

Malheureusement c’est assez rare, et maintenant ça va l’être encore plus. Avant je travaillai chez un imprimeur, je fesais le garçon à tout faire et mes journées étaient dures et éprouvantes. ça ne me rapportais pas beaucoup d’argent, mais c’était un travail, et nombreux étaient ceux qui voulaient être à ma place car ça ne courait pas les rues. Je fesais mon travail avec le plus d’engouement possible, mais mon patron dut me renvoyer à contre-coeur. J’ai de la peine pour lui, ce n’était pas un mauvais bougre, mais à l’heure qu’il est, il a du mettre la clé sous la porte. Le peu d’argent que les gens gagnent aujourd’hui le dépensent en nourriture et en impôt, ils n’ont plus de quoi s’acheter des journaux ou des livres. J’ai passé ensuite un mois à chercher un nouveau travail, quelqu’il soit, mais je n’ai rien trouvé. Après avoir dépensé le peu d’économie qu’il me restait et que j’essayais de garder tant bien que mal, je n’avais plus qu’une solution: m’engager dans l’armée. Je ne fus pas dépaysé, j’y ai rencontré beaucoup d’autres gens dans la même situation que moi, des gens fatigués par la vie, et qui n’ont pas eu le choix de decider de leurs destinée, nécéssité oblige. Ces compagnons d’infortunes était comme un miroir, dans lequel je voyais mon reflet, mais aussi dans lequel la société se voyait. Elle paraît belle et bien portante au premier abord, mais en s’approchant, on devine ses traits fatigués et ses cicatrices.

La guerre ne tarda pas à entrer en scène. J’ai vécu toute mon enfance dans un village sans avoir à me soucier du monde, et dès que j’ai essayé de le comprendre, la guerre eut une place omniprésente. Le monde dans lequel nous vivons n’est qu’un interminable conflict, et en tant que soldat j’ai dû me résoudre à devenir un rouage obéissant de ce grand mécanisme que l’homme s’évertue d’avoir créé. J’avais honte de moi mais la nécéssité m’obligeait à devoir agir contre mes principes, à devenir un pantin obéissant aveuglément à mes maîtres. Après trois semaines, on nous envoya en Prusse je crois, ou en Autriche, peu importe. J’ai toujours su monter à cheval donc je suis devenu cosaque. J’adore monter à cheval, le tout est de bien comprendre sa monture, contrairement à ce que l’on peut penser, le cheval comprends très bien l’Homme, c’est l’Homme qui ne sait pas comprendre le cheval, et cela vaut pour tout autre animal. L’Homme pense à soi avant tout, c’est naturel chez lui, quand on monte un cheval, il devient à la fois tes pieds, tes yeux, ton corps, et ton meilleur ami. Il faut le ménager et agir d’un seul et même élan, comme si la monture et son cavalier ne faisait qu’un seul corps. Et son corps, il faut l’écouter. J’ai malheureusement passé de nombreuses batailles, toujours avec le même cheval, il s’appelait Ouranos et était vif comme un courant d’air, je crois qu’il était le meilleur ami que je n’ai jamais eu. Nos aptitudes nous ont sauvés la vie plus d’une fois, ce qui n’a pas été le cas pour nombre de mes camarades. Tout cela c’était il y a bien longtemps, ma mémoire n’est plus ce qu’elle était, je ne sais même plus combien d’hommes j’ai tué, beaucoup trop sûrement. Mais je le fesais parce que j’avais des ordres, c’était ça ou je me fesais fusillé. Plus d’une fois j’ai voulu partir, loin, m’enfuir, et ne plus jamais revenir, mais pour aller où, partout il n’y a que la guerre, la haine, je suis fatigué de cette vie.

A l’heure où je parle je suis sur le point de mourir, je ne sais même plus sur combien de batailles je me suis échiné pour ma mère-patrie la Russie, cette putain miséricordieuse, qui t’oblige à l’aimer même si cela doit te coûter ta vie. Mais elle, elle s’en fout, tu n’es qu’un rouages parmi les autres, destiné à supporter l’usure du temps et quand tu ne fonctionnes plus, on te remplace. Ouranos est mort, il git sur le sol dans ses propres tripes. Un boulet de canon l’a heurté en plein flanc. L’impact a emporter une de mes jambes et une partie du bassin et je suis revenu en rampant petit à petit vers lui, pensant mourir à ses côtés. Il est toujours aussi beau et j’aimerai le voir se dresser et galloper une dernière fois, c’est ce qu’il fesait de mieux, je sentais qu’il était vivant quand il gallopait, et il savait aussi que je trouvais cela fantastique. Ce n’est plus qu’un tas de chair fumante sur un champ de bataille jonché d’une multitude de cadavre. Nous sommes sur les terres de la mort et je sens naturellement que mon heure ne devrait plus tarder. Je repense à ma famille, à mes rares proches, à ce qu’il deviendront, à ma vie, et je me dis que ce n’est pas plus mal. Ils recevront une lettre honorifique et ma mère touchera sûrement quelques sous de pension en compensation. C’est bien, je suis content. Mon souvenir s’effacera peu à peu avec le temps et la volonté d’oublier cette tragédie qu’est la guerre. Je pleure, je ne sais pas trop pourquoi, pourtant il est temps de m’en aller et j’en suis conscient. Peut-être parce que tout simplement ma vie ne m’a pas mené à grand chose, et qu’y mettre un terme est la meilleure des solutions. A quoi bon continuer ce qui n’a jamais commencé? Je pleure toujours et je prends rapidement ma baillonette, que je plante dans mon estomac. La lame est glaciale et j’ai l’impression que c’est la mort elle-même qui transperce mon corps tout entier, la douleur est insupportable, le sang coule et se mèle à celui de mon vieil ami. Je crie ma haine à la vie et lui demande pourquoi. Je n’ai pour réponse que le vent froid qui siffle dans mes oreilles et le fracas de la poudre au loin mêlé aux cris des soldats. Je perds ensuite connaissance et m’écroule sur le sol.

La douleur est toujours présente, ce froid métallique dans mon ventre, comme si la lame était toujours là. J’ouvre les yeux avec difficulté, je suis sur une sorte de table d’opération, il y a des gens autour de moi, j’ai l’impression que ce sont des sortes de médecins, ils m’oscultent avec des outils inconnus mais indolores. Ma vision est très floue et je suis à bout de force, mais je constate que les personnes qui m’entourent ne sont pas comme moi, elles ont des bras et des jambes tout comme moi mais étrangement, leurs têtes n’est pas comme la mienne, elle n’est pas faite de cheveux, d’yeux ou de bouche, mais uniquement d’un pénis, leurs visages n’est qu’un immense gland et à la base du coup tombent nonchalamment sur leurs poitrails deux énorme testicules. Je n’arrive pas très bien à comprendre, l’un d’entre eux doit être une sorte de chef, il s’approche de moi et je crois qu’il me parle en Russe mais il y a beaucoup de mots que je ne comprends pas. J’essais de regrouper le peu d’energie que j’ai pour me concentrer et essayer de comprendre ce qu’il me dit: « Votre nom est Jacek Delejev n’est-ce pas? » J’approuve d’un léger mouvement de tête. »Nous sommes les Hommes-bites et nous avons éradiquer votre espèce il y a 1500 ans. Nous vous avons ramener à la vie grâce à des traces de votre ADN sur vos ossements, et vous allez nous enseigner les joies du sexe anal avec les chevaux. Barbara, apportez-moi un café on a du travail devant nous! ».

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